chapitre 6

Publié le par delville

A douze ans 'Ali connaissait le Coran plus par le coeur que par coeur. Son père, Abdelkader, avait été surpris par l'intelligence précoce de ce garçon. 'Ali ne le connût pas longtemps. Ce dernier fût empoisonné. La méthode était radicale pour se débarasser des géneurs. Abdellkader croyait à l'édification d'un pont entre les trois Traditions du Livre. Entre autres actions il essaya d'instaurer un dialogue entre les fils d'Israël et les fils d'Ismaël. La confrontation de différents courants de pensée est source d'ouverture à condition d'éviter le sycrétisme , amalgame incohérent venant de formes diverses.

Abdelkader était un home de contrat, de rigueur et d'austérité. Il était craint, parfois haï mais toujours respecté. La volonté de justice est sa pierre d'achoppement. Abdelkader transmit deux clefs essentielles à son fils 'Ali:

"Ne sois jamais dupe d'une situation. Devant un interlocuteur, accorde tes arrières pensées avant de confronter tes pensées aux siennes. Fais que le message soit compris."

"Ne triche jamais, encore moins avec toi même. Traverse le monde sans griffer ni être griffé. Sers sans asservir ni être asservi, sans ne rien devoir à personne sauf le respect, la compréhension et pour certains le don de soi. La disponibilité n'empèche pas de se préserver.". L'empreinte du père marqua à vie l'âme du fils. Abdelkader n'était pas membre d'une confrérie. Il n'est pas utile d'appartenir à une société initiatique pour être un homme de grande valeur.

Marié jeune; comme le voulait l'usage, 'Ali répudia son épouse imposée pour se consacrer à la recherche et l'étude. Déja se dessine l'autonomie du personnage. 'Ali fit, à vingt ans, un voyage en Espagne Andalouse. Il rencontra à Guadalaraja un rabbin kaballiste Moïse de Leon qui lui confia une traduction en arabe du sefer ha zohar (Le livre de la splendeur). Il s'agit d'une exégèse kabbalistique du Pentateuque, ensemble formé des cinq premiers livres de la Bible (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) qui racontent l'histoire du peuple d'Israël jusqu'à la mort de Moïse. Ils constituent la Torah (Loi), à la base du judaisme. Le Zohar est un livre complexe et profond. Le mot kabballe (Qabalah) signifie réception. La kabballe n'est pas un dogme. C'est un courant mystique à l'intérieur du judaisme. le kabballiste a des similitudes avec le soufi musulman. Attention à ne faire de confusion avec les intégristes présents aussi en grand nombre chez les juifs pratiquants. Quant à parler de kabballe chrétienne, il s'agit d'une spéculation dépendant d'une "masturbation intellectuelle" on ne peut plus douteuse. Quand 'Ali rentra de ce premier voyage en terre andalouse il fit lire le sefer ha zohar par quelques disciples avertis, le Conseil l'apprit par une indiscrétion.Par une fatwa il condamna 'Ali au banissement qui fût obligé de s'exiler à Fez pendant cinq ans. Il revint aprés la mort de l'uléma qui avait prononcé la sentence

Une fatwa est un avis juridique donné par un mufti (spécialiste de la loi islamique). Il faut se rappeler la fatwa prononcée par l'imam Khomeiny réclamant l'execution de Salman Rushdie pour son livre " Les versets sataniques" censé être blasphématoire. Il existe une fatwa positive qui a fait sensation dans le monde musulman. L'ayatollah Fadlallah émet une fatwa contre les violences faites aux femmes qu'il qualifie de comportement ignoble. (voir le site: francais.bayynat.org.lb/ qui donne l'intégralité de cette fatwa) . Les fatwas qui sont prononcées au nom de Dieu sont le symbole du fanatisme le plus criminel. Il s'agit d'assassinats en règle. Telle est la volonté du Prince. Ces coutumes liées à la tyrannie n'ont rien à voir avec le Coran.

Aprés son exil 'Ali continua ses voyages à travers l'Afrique du Nord et l'Andalousie. Il visita de nombreuses confréries sans toutefois s'attacher à aucune. Durant sa jeunesse il se posa beaucoup de questions,. Ses réticences quant à l'appartenance à une communauté le poussaient au doute malgré une attirance vers le processus initiatique. 'Ali était avide d'Absolu, impossible à trouver en fonction de la nature de l'homme. Cette quète dura dix ans. Puis,une nuit, il fut gratifié d'une illumination par vision prophétique. Il reçut directement le wird et un an plus tard, aprés avoir eu des enseignements lors de ses longues nuits de prières et de méditation, il donna naissance à une nouvelle confrérie qu'il appela la kadiriya en souvenir de son père. Les débuts furent difficiles. Les autorités en place étaient perplexes mais ne s'interposèrent pas. La forte personnalité de 'Ali était l'obstacle à toute manifestation hostile.

Au bout de cinq ans, quand 'Ali sentit les fondations de la confrérie solides, il reprit son bâton de pélerin et sillona l'Afrique du Nord et l'Andalousie. Il rencontra des personnages qui le renforcèrent dans sa quète de l'Unité. 'Ali ne se contente ni de la seule observance, ni de la charia, il se réclame de l'Inquiétude, celle qui consiste à rechercher l'équilibre sans se cantonner dans des affirmations hasardeuses. Le coeur du disciple se libère de l'entrave. Le cherchant a besoin d'une méthode sur le chemin de la Connaissance. L'enseignement a pour but l'équilibre entre zâhir (l'exotérique) et bâtin (l'ésotérique). Les entretiens qui ont lieu aprés la prière du soir sont un échange d'assertions, d'objections et de réponses à ces dernières. La discussion se fait d'aprés un rituel datant de l'école pythagoricienne qui fût reprise par la tradition chrétienne de l'épiphanie. Aprés la récitation du wird les disciples se partagent une galette de pain dans laquelle a été mis une fève séchée. Celui qui trouve la fève dirige le débat. L'Imaginaire à ses lois, pas de fantasmes ou de délires.

Attardons nous sur le mot guru qui, d'origine sanscrit signifie enseignant. Le guru est celui qui fait passer des "ténèbres" à la "lumière". Dans le domaine spirituel c'est l'initiateur, le chef d'une communauté entièrement dévouée. Ce système d'origine hindoue se retrouve dans le soufisme ou le bouddhisme. Malheureusement le climat de confiance mutuelle est trés souvent entretenu par des escrocs. C'est là qu'intervient la secte, ce terme ayant une dimension polémique. Une secte, dans son sens négatif, est un groupement le plus souvent à connotation religieuse. Les membres sont manipulés par une forte personnalité ou par des lobbies douteux. On emploie le terme de dérive sectaire. Les exemples sont nombreux. Le maraboutisme en est une représentation dans l'Islam. Notons qu'à l'origine la chrétienté commença comme secte juive.

Il arrive que des hommes ayant eu une recherche sincère se prennent pour des Grands Maïtres et deviennent paranos et mégalos. 'Ali le comprit bien. Il échappa à cette déviance.

La méthode élaborée par 'Ali affectionne les raccourcis. Une formule énigmatique , un conseil court, un adage mettent à l'épreuve le disciple. Le soufisme ne possède pas de grades car la hiérarchie de coeur est préféree à la hiérarchie de pouvoir.'Ali a orienté la confrérie vers une dimension sociale sans pour cela que les disciples fassent étalage de leurs méthodes et de leurs états d'âme.

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