chapitre 4

Publié le par delville

Au fil de son âge la grande mosquée est devenue une dame respectée. Elle abrite des ulémas (docteurs de la Loi) courtisans, obséquieux, qui, malgré leurs certitudes d'aller au paradis ont peur de la mort. Le cadavre fait toujours peur au futur cadavre. Les griffes d'un fanatisme pervers sont finement aiguisées. Il rend aveugle et fait commettre les pires folies. Pafois un de ces bien pensants, mu plus par une curiosité télécommandée que par un véritable désir de recherche pénètre dans la petite zaouïa dont l'un des quatre murs est noyé dans le mur d'enceinte de la grande mosquée. La zaouia n'a pas de tapis, seulement des nattes. Les murs sont couverts d'argile ocre et la qibla (direction de la Mecque ) est marquée par une figure géométrique gravée dans le mur.

C'est dans la simplicité que se reconnait la grandeur. Il faut prendre beaucoup sur soi pour être et rester simple. Un souterrain relie la zaouïa au tombeau de 'Ali ibn Al Hakim. Il permet aux disciples d'aller prier dans la crypte aménagée. Ces prières se font de nuit. C'est la meilleure période pour être en intimité avec son Seigneur.

Abdeslam est le gardien de la zaouïa. Son visage est de la couleur de la pierre. Le dos est voûté par les ans. La frèle silhouette abrite un robuste tempérament. Son regard vert intense pénètre le coeur sans violer l'intimité de l'être.Abdeslam est un clairvoyant. Cette notion nécessite quelques explications. La clairvoyance n'a rien à voir avec la voyance qui tient, elle, de l'à peu prés avec sa cohorte de charlatanisme, de duperies et de superstition. La clairvoyance est un état qui pemet de connaître les individus sans pour cela les violer. Son activité décrit le passé et les causes des troubles. Il y aurait matière à rapprochement avec la psychanalyse. La halakha est l'institution juive; regroupant les lois, sentences et prescriptions religieuses qui règlent la vie quotidiennes des juifs. Elle se fonde tant sur les acquis des générations précédentes que sur les discussions et débats portant sur les problèmes se présentant pour la génération présente. La halakha a fortement influencé Freud et ses jeunes amis intellectuels juifs lors de leurs études à Vienne.

Abdeslam ne se mélange aux marchands du Temple qui assaillent les fidèles le jour aprés la prière du vendredi. Abdeslam est un ce ces êtres qui ouvre le chemin si l'on sait écouter son silence. C'est un homme dont la discrétion est à l'échelle de son action. On ne le voit pas et pourtant il te voit.

Les autorités auraient bien voulu boucher le souterrain menant au tombeau du Maïtre. Elles n'ont jamais eu cette audace , peut-être par peur ou mieux naturellement parce qu'il existe toujours une protection là où souffle l'Esprit. Si les hommes n'étaient pas si orgueuilleux la Grande Mosquée n'aurait pas perdu la pureté de coeur de ceux qui la construisir. Ibn Khaldoun (1332,Tunis-1406 Le Caire), un des plus grands historiens du monde arabe écrit dans la Muqaddima (introduction à l'histoire universelle) écrit:" Tout cycle comporte quatre stades: l'initiateur, le continuateur, l'imitateur et le destructeur."

L'homme, revétu d'une djellaba blanche rapiécée a deviné la fontaine de la zaouïa par le bruit régulier de l'eau retombant sur le pavé octogonal de la cour toujours privée de soleil par le mur d'enceinte de la Grande Mosquée. Dans les lieux prédestinés le soleil intérieur brille en permanence. Au fond de la cour une porte basse invite à un temps de méditation. Il n'y a pas de serrure. il suffit de soulever le loquet pour changer d'univers. Ecoute attentivement la psalmodie répétitive (wird) de la confrérie. N'essaies pas d'interpréter. Laisses toi pénétrer par elle. Si le non hasard te fais rencontrer des disciples de cette confrérie et que tu y adhères laisses toi envahir par ce wird. Peu à peu tu sentiras un éveil en allant vers le secret, ce jardin intime jamais dévoilé.

Les confréries nées du Soufisme Traditionnel , le Tassawuf, apparues au VIII° siècle ont pris leurs racines initiales dans l'orthodoxie sunnite. le terme de soufi désigne un être parvenu à la réalisation spirituelle totale. On peut effectuer une comparaison avec le monachisme chrétien, le bouddhisme et les idées platociennes. Les copies occidentales pratiquant le soufisme ne sont en fait qu'une pâle imitation de la voie traditionnelle. Ce ne sont que des mouvements pacifistes.

Les disciples qui cultivent Tolérance, Fraternité et Amour sont critiqués par ignorance, envie ou jalousie. Les confréries soufies ont subi leurs lots de persécutions de la part des autorités sunnites. Le drame est que le soufisme est considéré comme une dérive supertisieuse. Il est vrai que le maraboutisme et l(idolatrie en sont une des causes principales. Dans l'islam, en particulier en Afrique du Nord et en Afrique, le marabout est un saint local reconnu dont le tombeau,appelé aussi marabout, est l'objet d' un culte populaire. Cet homme, considéré, comme saint ou wali (ami de Dieu) est toujours un soufi parvenu à un haut degré de spiritualité. Ils sont censés, de leur vivant, rétablir la santé et l'ordre social . Les marabouts vivants ne demandent pas de salaire' , il y a une obligation de pourvoir à leur besoin. Force est de constater qu'il existe de nombreuses dérives, cela nuit à la profondeur spirituelle du soufisme. Cette importante dérive qu'est le maraboutisme implique un sentiment d'idôlatrie entretenue par une bande d'imposteurs. Le maraboutisme est source d'ignorance et de dégats importants. Cette dérive existe sur tous les continents quelle que soit la forme religieuse.

 

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