chapitre 9

Publié le par delville

Aprés une longue marche Abderrahim et Moussa sont en vue du marabout de Sidna Yahya. Le soleil descend se coucher derrière le sommet de la colline. C'est une halte obligatoire sur le chemin de 'Aïn Ma'ârifa.

On peut, en Afrique du Nord, pérégriner de marabout en marabout.

La zaouïa qui abrite le tombeau de Sidna Yahya est battue par les vents. Les murs sont ocrés par les grains de sable qui s'y sont accumulés.

Hassan, le gardien des lieux, est assis devant la porte menant au tombeau. Enveloppé dans sa djellaba usée à la trame, Il lève les yeux à l'arrivée des visiteurs sans cesser d'égrener le chapelet en bois d'olivier que 'Ali lui donna le soir de son initiation. Le chapelet comprend 99 grains représentant les NOM DIVINS.. Les êtres qui égrènent les noms Divins sont de trois natures; ceux qui les récitent par coeur selon la transmission régulière, ceux qui les comprennent et agissent en conséquence et ceux qui se cactérisent par eux en s'appropriant leurs vertus. Aucun ordre successif ne régit les Noms Divins. Chaque Nom nécessite les autres bien que chacun ait une fonction distincte. Ils n'impliquent ni aucune limite ni aucun conditionnement.

Abderrahim demande à Moussa d'aller puiser chercher de l'eau à une petite source coulant par miracle en mince filet d'eau dans le jardin de la zaouïa. Il en humecte le visage de son fils.

Moussa, malgré son jeune âge, cherche à comprendre l'énigme que représente son père. Le garçonnet ne joue jamais. Sa maturité contraste avec celle des autres enfants. Est-ce un handicap ? L'avenir le dirait. La patience, l'écoute, l'étude et la réflexion prennent du temps, mème si l'on est doué. La jeunesse doit passer par les trois stades, apprendre à apprendre, apprendre à comprendre et transmettre.

Il te faudra lutter, Moussa, chasses les faux conseillers qui cherchent à t'élever pour mieux te descendre. Evite l'adulation et les honneurs factices. Ne pénètre pas dans l'intimité d'autrui au risque de faire haïr.

Moussa, tout est en toi. Nourris les autres pour te nourrir toi-même.

Les ablutions rituelles terminées, Abderrahim essuie ses yeux morts embués d'une subite tristesse dont il ne connaït pas la raison. Il pousse la porte de la zaouïa avec la jarre dont l'eau rafraichira l'atmosphère de la pièce.La porte grince sur ses gonds au rythme lent et feutré des lieux oû souffle l'Esprit. Les anges, invisibles au regard non initié, vont, viennent, s'arrètent repartent. Chacun, aprés une courte prière, s'efface en déposant son Obole d'Amour. Moussa suit son père, toujours intrigué car son père lui a promis de lui raconter la légende de Sidna Yahya. Va-t-il enfin parler?

Prenant Moussa par la main Abderrahim se dirige vers la seule salle de lumère présente dans la salle. La perte d'un sens physique est compensée, par la seule volonté, par l'éclosion progressive de l'intuition que chaque être humain reçoit à sa naissance. Cette intuition est, ou cachée ou confondue par des pseudo pouvoirs de divination purs fantasmes, fruits de l'ignorance et du lucre. Le rouge du soleil qui va s'éteindre traverse la petite ouverture en forme de rosace de verre orangé. La lumière forme sur la natte un centre virtuel. Les vitraux, même les plus modestes, sont le témoignagne de l'intention de communication du maître d'oeuvre.

La natte est balayée de nuit comme de jour par une tache mouvante dont la forme et la place sont changeantes. En cas de temps nuageux ou de nuit profonde la tache est absente. Seul le soleil intérieur contribue à la méditation. Lhomme a besoin de supports matériels et immatériels pour retrouver le sacré.

Moussa, songeur, est assis dans un coin. Il pourrait être dans le jardin à parler aux arbres, aux fleurs, car malgré la sécheresse l'eau est suffisante pour offrir au pélerin une palette de verdure. Moussa se pose toujours la même question. Qui est Sidna Yahya dont le corps repose dans son tombeau centre de gravité d'un triangle équilatéral dont les cotés forment l'enceinte de la zaouïa.

Abderrahim lève les mains, paumes tournées vers le ciel. Le corps et l'âme se fondent dans la prière. Tu n'es qu'un instrument de ton Seigneur. Lorsque ton coeur palpite que tu crois qu'il va sortir de ton corps, rappelle le comme un enfant qui te tend les bras. Invoque Dieu en te fusionnant au rythme de ses pulsations.

Chaque fois que le doute te pénètre, ne le chasse pas, laisse s'éteindre dans l'éternel présent. La nuit assombrit la natte. La mèche de la lampe vacille dans l'attente d'une alimentation en huile. Entouré de ses deux anges Abderrahim attend l'inattendable. Ses lèvres suivent son corps pendant la psalmodie des versets de la sourate "YA SIN" dévolue au rite funèbre.

Moussa se lève pour détendre ses jambes. Il se dirige vers la porte respire les parfums des eucalyptus, des cannas, du chèvre feuille, du buis, des lauriers roses...

Moussa, à l'entrée, se baisse , une chouette, d'un vol rapide, fait le tour de la pièce et ressort comme elle était venue.

Abderrahim sort de la prière. Il a compris pourquoi il récitait la sourate "YA SIN". Hassan vient de s'éteindre comme une bougie finissant de consumer. Moussa qui, malgré son jeune âge, est habitué aux signes, est encore confronté à la mort sans la comprendre. Il va aider son père à creuser la tombe pour l'ensevelissement.

La question revient

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