chapitre 19

Publié le par delville

CHAPITRE 19

Dans la sourate XVIII versets 60 à 82, il est évoqué la rencontre entre Moïse et le mystérieux initiateur que la tradition islamique appelle Al Khadir (Le Vert). Certains disent que c'est un prophète d'autres parlent de wali (ami de Dieu). Les soufis reconnaissent Al Khadir et lui octroient une place prépondérante. Il passe pour être un initiateur. Ce n'est pas une figure historique, c'est une figure symbolique. Al Khadir est un éternel errant, un prophète mystérieux charger de mener chaque disciple à sa propre réalisation spirituelle. Pour les Grands Maîtres Soufis Al Khadir est le guide spirituel de Moïse qui l'initie dans les sciences divines en lui révélant le secret de la vérité mystique.

Il y a dans toutes les religions des légendes, des interprétations qui traversent les générations et font qu'elles deviennent vivantes aux yeux de ceux qui les enseignent.

'Ali porte la théière à la hauteur de son regard d'acier. Il hume la vapeur sucrée qui s'échappe du bec. Un filet ambré , brûlant et sonore remplit les cinq verres posés sur la table basse. La théière est reposée sur le brasero. De ses yeux 'Ali invite les quatre ulémas à aspirer bruyamment le breuvage traditionnel des gens du désert.

La position de 'Ali est délicate. Sa jeunesse est un obstacle. C'est un homme trés intelligent et avancé sur la Voie. Ses initiatives bousculent, mais comme elles sont toujours couronnées de succés donc acte. 'Ali est souvent en désaccord avec les prêches de l'imam, ce dernier discourant sur la liberté et la tolérance. Comme la plupart des autres familles, l'imam emploie de trés jeunes enfants aux tâches ménagères. La quasi totalité des pays même developpés pratiquent cet esclavage déguisé. On estime, actuellement, à trois cent cinquante millions le nombre d'enfants qui sont concernés.Plus de 8 millions se trouvent dans la pire forme possible ( tourisme sexuel encouragé par les occidentaux, enfants soldats, pornographie,trafics divers etc...). Les principales causes sont socio-économiques mais aussi culturelles. Malgré l'abolition de l'esclavage ce dernier existe toujours pour les enfants en réduisant la personne à l'état de marchandiseappartenant à un propriétaire. Une autre raison est la servitude pour dettes.

Par peur de passer pour un majdoub, 'Ali ne parle ni de ses rèves ni de ses intuitions.

Et pourtant... et pourtant... il y a trois nuits...Non ce n'était pas une hallucination, c'était une preuve...

'Ali est silencieux. L'embarras des ulémas laisse planer une atmosphère lourde.

'Ali est à la quète d'un Maître. Il ne cherche pas la réalisation pour elle même. Son but est d'apprendre à mourir afin que dans le futur les vivants puissent profiter du peu qu'il aura appris sur cette terre. Il connait pourtant la devise fondamentale

Lorsque le disciple est prêt le maître apparait.

'Ali a compris par le long silence se dégageant de la pièce qu'il est de trop. Il se retire aprés avoir salué ses aînés.

Chacune des personnes restantes expose à tour de rôle ses arguments permettant de reconnaître en 'Ali "un fils spirituel". Il est trés important de s'attacher un être, qui témoin d'un évènement "surnaturel" rehausserait la teneur spirituelle d'une confrérie même si le personnage est "hors normes".

Mourad le vieux majdoub qui vient toujours prier seul, psalmodie si fort que les ulemas en sont génés et surpris. Mourad égrène sur son chapelet la sourate 112 (Al Ihlas)

"Dis: "Il est Dieu, Unique,

Dieu, le Seul à être imploré pour ce que nous désirons.

Il n'a jamais engendré, n'a jamais été engendré non plus.

Et nul n'est égal à Lui".

Il s'agit de la sourate du monothéisme pur. Les ulémas, en écoutant le majdoub, pensent qu'un évènement va survenir. Il faut toujours faire attention aux propos des majdoubs même s'ils apparaissent farfelus.

La soufisme a pour objectif la promotion du tawhîd qui est la science de l'Unicité de Dieu. Les rites sont inutiles s'ils ne sont pas accomplis avec sincérité. Il ne faut pas confondre avec le soufisme à la sauce occidentale qui n'est qu'un mouvement pacifiste utilisant des idées reçues.

La petite assemblée se disloqua. On en reparlerait plus tard. 'Ali serait abordé avec prudence . Cest un pur qui ne s'achète pas et ne se vend pas.

Le doute avait envahi les quatre hommes. 'Ali avait-il triché... Impossible...Qui avait mis le manteau vert sans couture dans la salle de prières...'Ali avait-il été initié par Sidi Al Khadir?...

Et Al Khadir... légende? imposture? vérité?...

Mourad sort sa tarbouka (petit tambour) . La grande taille du majdoub obture la porte d'entrée. La mosquée est sa demeure il en est le gardien attitré. Malgré son apparent dérangement mental il est trés respecté. Il s'impose sans imposer.

Dés que les hommes furent sortis, le son de la tarbouka scanda les pas jusqu'à ce que derniers disparurent. Le soir, 'Ali revint. Pendant qu'entre ciel et terre , il est intèrieurement balancé par son dikhr, une voix s'approche par derrière en psalmodiant le Coran. 'Ali se retourne, son visage devient blème. Qui est cet homme? 'Ali retient sa respiration. L'homme ne supporte pas le regard de 'Ali. Y-at-il une haine tenace?

Aprés un court instant, 'Ali comprend. Dés son plus jeune âge, il avait été admis dans la confrérie qadiriyyah. Il n'était pas longtemps resté dans la confrérie. Ce n'était pas par mésentente pa rapport aux autres disciples.. Il ne s'y sentait pas à l'aise. L'homme s'appelait Omar. Il n'avait pas accepté qu 'Ali parte de la confrérie.

Comment Omar qui priait comme lui, en psalmodiant la sourate de l'Unité. pouvait être en proie à une telle haine. Les quatre ulémas sont revenus. Omar est parti. Un des ulémas prend le manteau vert sans couture. Il le tourne dans tous les sens, et regardant 'Ali bien en face lui demande: "Qu'en penses tu?

Une voix s'èlève de la pénombre. C'est celle de Mansour "Du haut de leurs troupeaux les bergers se saluent";

Le manteau passe et repasse entre les huit mains aux ongles particulièrement soignés.

A chaque tour du manteau'Ali s'essuie le front d'un revers de main. Ces hommes vont-ils se servir de lui, le marginal dont on se méfie mais que l'on respecte, lui le fou de Dieu que l'on ne mpotre que de l'index replié.

Le manteau, en tournant, se salit au contact des mains humides, des mains suscpicieuses, au contact de mains avides de pouvoir,au contact de mains qui oublient que l'initiation a pour objet l'ouverture à la Réalisation Spirituelle.

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