chapitre 18

Publié le par delville

CHAPITRE 18

Le soleil commence à briller au bout de la colline. De son nid construit à l'abri des indiscrétions du monde, dans un angle du mur d'enceinte de la zaouïa le regard de la huppe est devenu fixe . Elle a vécu le dernier souffle de 'Ali. Elle a perçu la lumière bleue de l'âme du maître se détachant du corps physique. Elle s'envola parallèlement au sol , pius aprés un court sur place à la verticale de la fontaine. mit le cap plein sud.

Par cet inhabituel vol, elle va annoncer la disparation du Maître. Les grandes âmes quittent leur corps sans discorde.

Attar (L'apothicaire) est un poête soufi persan (1142?-1220). Il quitta un commerce lucratif pour devenir soufi et se livra au mysticisme, il fut tué par les mongols. Attar est l'auteur d'une importante oeuvre. Il fait l'éloge de la résignation, du dépouillement et de l'interminable quête. La conférence des oiseaux ( Mantiq at-Tayr), une ses oeuvres majeures est l'histoire d'une bande de trente oiseaux pélerins partant sous la conduite d'une huppe à la recherche du Simorgh( jeu de mots pour trente oiseaux), leur roi. Un à un les oiseaux abandonnent le voyage, chacun trouvant une excuse, incapable de supporter le voyage. Les oiseaux doivent traverser sept vallées pour arriver à Simorgh.

1-talab (la recherche)

2-Ishq (l'Amour)

3-Ma'rifa (la connaissance)

4-Isteghnâ (le Détachement-sesuffire à soi même)

5-awhid (L'Unicité de Dieu)

6-Hayrat (La stupéfaction)

7-Faqr et Fana ( la pauvreté et l'anéantissement)

Les sept étapes sont celles des soufis menant à la Réalisation Spirituelle. Celui qui arrivera au but trouvera son Moi profond. ( Dans les années 70 , la conférence des oiseaux a été adaptée au théatre par Peter Brooke et Jean Claude Carrière)

Une phrase d'Attar fait retour sur le symbole de l'écriture automatique. " Chercheur de vérité, ne prends pas cet ouvrage pour le songe éthéré d'un Imaginatif. Seul le souci d'amour a conduit ma main droite..." Les grands mystiques sont mus par l'écriture automatique. Les écrits des soufis sont hermétiques.Les soufis ont toujours craint lescondamnations des islamistes orthodoxes, c'est pourquoi ils empruntent des chemins difficiles à décrypter. Dans l'écriture automatique leur main est guidée dans le monde du symbole; la perception est directe. C'est au lecteur à déchiffrer suivant le degré de compréhension.

Les disciples absents rencontreront peut-être la huppe dans le ciel qui bleuit. L'oiseau, porteur d'un message perçu, non élaboré, n'en connaît pas la teneur. La huppe est symbole de présage. Il est attribué aux animaux des formes allégoriques que la tradition perpétue. La réalité symbolique n'a rien à voir avec les susperstitions.. L'enseignement oral est prépondérant, d'ou l'importance d'un maître.

Ami, ne cherche pas sans cesse le signe au cours de ta destinée. N'en fais pas le support de ton existence. Ne marche pas à coté du présent sous peine d'être marchand d'illusions. Sois attentif au signe. Prends garde de l'interpréter il ne t'appartient pas. Le signe n'est qu'une invite de ton Seigneur à ne pas te laisser dans la détresse ou dans l'abandon. N'es tu pas l'hôte privilégié de ton hospitalité?

Donnons la parole à Attar:

"Sois la Bienvenue, O huppe ! Toi qui a servi de guide au Roi Salomon, toi qui fût réellement la messagère de la vallée...Un jour se réunirent tous les oiseaux du monde, connus et inconnus. Ils éprouvèrent le désir de se trouver un roi ... La huppe leur tint à peu prés ce langage " Nous avons un roi légitime...Son nom est Simorgh...Le lieu qu'il habite est inaccessible , et il ne saurait être célébré par aucune langue...mais la route est longue et lointaine..."

Ce langage est étranger à notre savoir conçu à partir d'une pensée dépendant de notre seule raison.

Attar rajoute:"Mon discours est sans paroles et sans bruits ; Comprendre sans esprit et entendre sans oreilles Il est impossible d'exprimer par la langue ce que le coeur a de la peine à contenir:".

Dans le même état d'esprit il est bon de citer Tierno Bokar.(1875-1939).(voir le livre de Amadou Hampaté Bâ: le sage de Bandiagara). Donnons lui la parole

"La parole est le fruit dont l'écorce s'appelle "bavardage", la chair "éloquence" et le noyau "bon sens"...

Le mysticisme est une notion difficile à cerner car l'imperfection de l'être humain est source de subjectivité laissant le champ libre à la spéculation intellectuelle non maitrisée. Tant que tu seras ouvert et sincère dans ta croyance, tu seras toujours sur la voie.

Abderrahim est assis prés de la tombe de Sindna Yahya. Au pied d'un des trois oliviers, il goûte sans la voir la lumière montante.

La nuit précédente, il avait eu en rève la visite de 'Ali. Cela lui arrivait souvent. Lorsque l'on est en intimité avec l'autre, il n'est pas besoin de se voir pour communiquer. Nos anges gardiens sont d'excellents messagers. C'est pourquoi la prière est fondamentale. Que tu sois croyant ou non, prier c'est être en relation avec le plus profond de toi même. Ce rève avait troublé Abderrahim car 'Ali était vétu de blanc. Il y avait prés d'un an qu'Abderrahim n'avait pas quitté la zaouïa. La cécité n'aide pas au déplacement. Un violent désir le pousse à partir, dans quel but, ce n'est pas le propos. Il s'abandonne dans son dikhr intérieur jusqu'au moment il sent une présence sur son épaule droite. La huppe vient de se poser. La comprehension est instantanée. Conscient du décés de 'Ali, il revet sa djellaba rapiécée dans l'attente d'une main secourable qui le guidera vers la tombe du maître. A peine la huppe repartie, Mansour le potier est devant son frère ainé. Sans se parler les deux hommes descendent vers 'Aïn Ma'rifâ. Arrivée sur la tombe d'Ali, la huppe se coucha à l'endroit de la tête du maître et cessa de vivre. Son rôle achevé elle était revenue s'éteindre de la oû elle était partie à l'appel du maître lui demandant d'avertir le plus fidèle des fidèles. Abderrahim devrait assurer "l'intérim", le rève prémonitoire de la succession n'ayant pas eu lieu.

"Le premier degré de la foi convient au commun, aux marabouts attachés à la lettre, à ce stade la foi a une forme précise , elle est intransigeante, dure comme la pierre, elle prescrit la guerre les armes pour assurer sa place et se faire respecter..."

"Enfin il y a la foi de ceux qui sont dans la lumière sans couleur, la Vérité divine qui fleurit dans les champs de l'Amour et de la Charité..."

Celui qui apprendrait par coeur toutes les théologies de toutes les confessions, s'il n'a pas la charité dans son coeur il pourra considérer ses connaissances comme un bagage sans valeur. Nul ne jouiera de la rencontre divine, s'il n'a pas de charité au coeur. Sans elle les cinq prières sont des gesticulations sans importance. Sans elle le pélerinage est une promenade sans profit."

Il (Salomon passa les oiseaux en revue. Comment se fait-il que je ne vois pas la huppe., s'écria-t-il? Serait-elle absente? (Coran (XXVII:20)

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