chapitre 12

Publié le par delville

Le brouillard matinal s'est dissipé. Un vent frais venant de la mer se faufile dans les ruelles quasi désertes. Toutes les boutiques sont fermées. Le soleil commence à rougir les chèvres feuilles. Une atmosphère de liesse emplit les patios. Les ibiscus, cannas, magnolias el les lauriers roses sont aussi de la fête. Leurs plus belles fleurs enluminent les cours. Dans un camaieu pastel de bleu, de pourpre, d'ocre et de terre de Sienne se dessinent les contours des maisons et des minarets.

La cour de la Grande Mosquée est animée. Les djellabas blanches, se croisent en silence dans l'attente de l'évenement. Le sang gicle par la carotide tranchée. La terre recueille le filet rouge lien symbolique entre le sacré et le profane. L'Aïd el Kébir est la fête la plus importante de l'Islam. Elle commémore le sacrifice d'Ismaël qu'Abraham voulait effectuer en signe d'obéissance et de soumission à la volonté de Dieu. Les musulmans sacrifient , quand ils le peuvent, un mouton en partageant la viande en famille, en laissant une part aux pauvres.

La Bible et le Coran ne sont pas en accord sur ce mythe. C'est l'identité du fils d'Abraham qui est en cause; Isaac(Israël) pour les juifs et Ismaël pour le Coran, chacune des deux religions voulant s'approprier la vérité.

L'homme tend vers un équilibre toujours précaire, L'inconscient Collectif , inaccessible à nos sens , est présent dans toute spiritualité vécue en totale sincérité. Cet aspect fondamental est souvent transgressé par les hommes. C'est le phénomène des initiations successives qui met en avant le jugement humain quant au degré d'évolution de l'adepte. La confusion est entière quant au sens même du mot initiation et de ses deux formes, virtuelle et réelle. Le phénomène initiatique est affaire de l'être dans le secret de son intimité. Voila la définition du secret. Celui qui le possède a le droit de se dévoiler ou non. L'initiation est l'ouverture sur le chemin de la Connaissance. Elle ne présume en rien des dons ou des qualités du postulant. Personne ne peut donner octroyer "un grade " à quelqu'un qui serait le témoignage de son avancée. Par contre l'appartenance à une confrérie est utile pour la progression du nouvel initié. Je citerai, comme exemple, le compagnonnage. Pour être maître fini, il faut faire son tour de France et exécuter son chef d'oeuvre. Le terme de "maître" est passé dans le domaine commun. Peu d'êtres peuvent se prévaloir de l'état de maître. Celui qui cultive la maîtrise est souvent un anonyme; par exemple un simple marchand de beignets. Le spéculatif est dans l'opératif comme l'opératif est dans le spéculatif; pas de dichotomie à ce niveau. C'est en vivant l'instant présent que le disciple est conscient du déroulement de son destin.

Sous le soleil à son zénith, la tache de sang se coagule en pentagramme. Par quel miracle cette étoile à cinq branches est-elle apparue?

Le sang devient rouge noirâtre. Louange à Dieu seul. C'est toi, Tahar, qui a la responsabilité du mim (la lettre m). préfixe de la matérialisation de l'acte. La fatiha est la sourate d'ouverture du Coran.Elle est composée de sept versets. Son importance est comparable au "Notre Père" des chrétiens et au "Shema Israel" des juifs. Avec le préfixe "mi" on obtient le mot "miftâh" qui signifie la clef. La racine mère étant "fa-ta-ha"

Respecte le mim, Tahar, ne l'utilise pas dans un but personnel, cela ne serait que nuisance.

La tête du mouton, à peine décollée, disparait dans la marmite purificatrice. L'eau bouillante la débarassera de toute souillure.

Tous entourent la tache. L'étoile est en équilibre instable entre ciel et terre. Son existence est un signe. Ce n'est pas toi, Tahar qui en est le créateur. A notre échelle humaine, nous ne sommes que des intermédiaires. Le vrai pouvoir est dans la transparence. Mektoub...

Le regard d'acier de Tahar se reflète sur la lame du couteau. L'instrument du sacrifice virevolte et va se planter au centre de l'étoile dont les contours commencent à disparaître. Tahar, qui a donné le mouvement au couteau, se redresse. Un irrésistible tremblement monte le long de sa colonne vertébrale. Il a compris tout le bénéfice à tirer d'un signe dont il sait qu'il n'a été que le témoin et non l'instigateur. On l'adula, on l'entoura et il plongea dans le monde des ténèbres. Son mental, conscient de son inconscience, avait transformé l'instrument de la Volonté Divine en magicien cérémoniel. La superstition l'avait emporté.

'Ali avait eu le fervent espoir que Tahar pourrait prendre en mains le destin de la confrérie. Certes l'épisode de l'étoile l'avait interpellé. L'attitude qui consiste à se preoccuper des plaies physiques ou mentales des plus démunis n'est pas contradictoire avec la Voie à condition de ne pas utiliser un don d'une manière malhonnête. Le don n'est pas au service d'un pouvoir personnel. Nous avons tous de l'intuition. Cette dernière ne peut se développer que si le postulant a en lui le désir de Connaissance et de perfectionnement.

'Ali pensait que la transmission n'était pas héréditaire. C'est la négation de ce principe qui engendra de nombreux abus dans les confréries. Aprés une année de réflexion pendant laquelle il examina le comportement de Tahar, il décida de l'éloigner de 'Aïn Ma'ârifa et prit à son égard la décision qui lui sauva la vie. 'Ali avait connu à Cordoue un homme remarquable Abu'l Walid Muhammad ibn Ruchd (nom latinisé Averroès) qui était en même temps philosophe, théologien islamique, juriste, mathématicien et surtout médecin. Il demanda à Omar , un des ses frères, d'accompagner Tahar à Cordoue pour rencontrer Averroès. 'Ali pensait que Tahar malgré l'état dans lequel il se trouvait, était trés généreux et qu'avec l'aide de ce médecin il pourrait peut-être...

Commenter cet article