chapitre 10

Publié le par delville

Aprés l'inhumation les disciples et les visiteurs retournent dans la salle de prière. Le soleil a disparu. Le temps se rafraichit. En plus de la lampe à huile au centre du cercle, chaque personne présente pose devant elle, sur une assiette, une bougie. La nuit sera longue. La peine et la douleur doivent momentanément s'effacer devant la situation créée par la mort de 'Ali. La vie continue. Il faudra régler rapidement le problème de la succession. Moussa garde l'entrée. Une silhouette se lève en soulevant le capuchon de sa djellaba. La tête est coiffée d'une calotte (la kippa) brune brodée de fils d'or. Le visage est anguleux. Dans la pénombre le regard est perçant.

"Mon nom est Moïse Maïmonide. Je suis juif. Il y en a parmi vous qui seront offusqués car ils se posent l'opportunité de la présence d'un juif parmi vous. J'ai connu votre Maître à Cordoue. Si je suis parmi vous ce soir c'est que j'ai été chassé d'Espagne. Les autorités musulmanes ne supportent pas les hommes épris de liberté et cei quelle que soit la religion. 'Ali, dans sa générosité, m'offert l'hospitalité. Je suis confronté à vivre les deux rites. La prière étant intériorisée je ne me suis pas senti en désaccord avec mon judaisme. Les chercheurs sincères se retrouvent toujours dans leur quète. Les gens du Livre sont semblables malgré leurs divergences. 'Ali est un de ces hommes qui jalonnent notre histoire. Afin de réciter votre wird nous allons nous retirer pour vous laisser aller à la psalmodie. Un signe négatif général ordonna aux visiteurs de rester dans le cercle. Le wird terminé, le cercle se leva et effectua cinq tours dans le sens solaire. La circumambulation s'arrèta. La présence des visiteurs n'est pas du goût de tous les disciples. Chacun ressent la difficulté dans le choix d'une décision. Dans tout groupe il y a des gens de sensibilité différente. Il faut un responsable éclairé. 'Ali en était un. Sans être un tyran, c'était une main de fer dans un gant de velours. Combien de discordes, d'assassinats ont lieu en attendant qu'une autorité émerge. L'histoire montre malheureusement que les prises de pouvoir ne sont pas exemptes de meutres ou de coups bas. Il est plus difficile de garder le pouvoir que de l'acquérir.

En s'en remettant à Dieu, dépouillés de toute subjectivité, tous attendent la réponse de l'un d'entre eux. Nul ne sait encore qui aura la parole. La psalmodie terminée, la galette de pain fût partagée et le non hasard fit que Moïse Maïmonide eut la fève. Ce dernier s'asseoit au centre du cercle et commence son discours.

" Parler d'un homme dont la dépouille encore frémissante vient d'être inhumée n'est pas chose aisée. Lorsque le corps est retourné à la terre leeur écrits confèrent à l'immortalité.Nous, qui sommes à la recherche d'un pôle commun présent au coeur des hommes de bonne volonté , il est force de constater son absence dans les relations entre les trois piliers du monothéisme. Le rapprochement est difficile du fait des guerres, des mensonges, de domination, de fanatisme et d'extrémisme. Il ne faut ni tomber ni dans un pessimisme excessif ni dans un optimisme trompeur. Ce n'est pas la mort qui faisait peur à 'Ali, c'était le problème de la succession aprés sa disparition. Il craignait, à juste titre, les conflits à l'intérieur de la confrérie. Lorsque la hiérarchie de coeur est balayée par la hiérarchie de pouvoir toute possibilité d'inspiration intensément vécue meurt dans l'oeuf avanr d'éclore.

L'autoritarisme détruit les quatre piliers de notre Temple intérieur symbolisés par la perception, l'intuition,l l'imagination créatrice et la réalisation spirituelle.

Si tu as quelque chose à reprocher à ton frère, dans le cas ou tu le considères comme tel, dis le lui en face. Dans le cas contraire ce serait de la délation. Le monothéisme de la religion musulmane est semblable à l'essence du judaïsme. Mon but a été de mettre la connaissance de la Loi Orale à la portée du peuple, afin qu'elle ne soit pas que le domaine des érudits. Il faut empécher les discussions sans fin et les interprétations erronnées. Malgré mes résultats en médecine, j'ai toujours eu à faire face à une opposition tenace de la part des dirigeants. J'ai offert à votre maître l'exemplaire d'un livre que j'ai rédigé en arabe. Il s'agit du "Moreh Neboukhim (le Guide des Egarés). J'ai essayé de mettre en accord l'enseignement de la Bible avec les commentaires d'Aristote. Mon cher maître Ibn Rush vous en parlera un peu plus tard. J'ai essayé de procéder à une analyse minutieuse des textes bibliques en essayant d'en découvrir et d'en cerner une signification aussi exacte que possible à travers les symboles et les allégories du texte sacré.

Un symbole est une chose (objet, évènement, mot, image) qui représente une autre chose. Le drapeau symbolise l'Etat.

Une allégorie est une forme de représentation indirecte qui emploie une chose comme signe d'une autre chose, cette dernière étant souvent une idée abstraite ou une notion morale difficile à représenter directement. Le mythe de la caverne de Platon est une allégorie.

L'Ecriture est comme un puits caché à une grande profondeur. Et ce n'est que par l'interprétation des allégories, et d'une allégorie par l'autre, que l'on noue, en queque sorte, les cordes qui servent à y puiser."

La Tradition enseigne qu'il existe un triple monde. Entre un univers saisi par la perception intellectuelle et celui perceptible par les sens, il existe un monde intermédiaire fruit de l'osmose entre le corps physique et le corps spirituel. A ceux qui ne peuvent faire cette dissociation, cet aspect est méconnu. La totale complémentarité entre le corps et l'esprit a pris, chez moi, une autre dimension en partageant un moment de vie avec votre maître. La spiritualité n'est liée à aucune performance. Elle découle de la vie la plus secrète et la plus profonde de l'âme. Cette dernière esr déchirée lorsqu'elle se sent déformée par son propre miroir. Il y a quelque chose de commun entre les religions anciennes, telle celle créée par Pythagore, et les manifestations initiatiques à l'intérieur des religions révélées. Les heurts sont nombreux entre les religions officielles et les confréries comme les soufis et les kabballistes ayant pour cadre ces religions. Enfin, pour terminer, je vous rappellerai la phrase prononcée ce matin par 'Ali:

"Moïse, ma fin est proche. Il y a une somme d'expériences humaines dont la méconnaissance n'est pas étrangère au manque de dialogue entre les différentes communautés. Que Dieu te garde ."

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